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L’antisèche ultime pour investir (1/3)

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James Altucher
Ecrit par James Altucher

Dans toute l’histoire du capitalisme, il n’a jamais été aussi difficile qu’aujourd’hui d’investir. Les gens font faillite, perdent leur boulot et c’est la crainte plus que la cupidité qui règne dans les informations et les pensées.

Bref, les gens ont peur. Selon moi, l’incertitude va aller en grandissant et c’est pourquoi je tenais absolument à écrire cet article.

En 2001 et 2002, j’ai perdu tout mon argent à cause de mauvais investissements. Puis je me suis à nouveau retrouvé ruiné par deux fois.

Pourquoi alors suivriez-vous mes conseils sur l’investissement ? Eh bien, vous ne le devriez pas. Vous ne devriez écouter personne vous donner des conseils dans ce domaine. Il s’agit de votre argent, celui que vous avez gagné à la sueur de votre front. Ne le jetez pas par la fenêtre en écoutant un idiot comme moi.

Les quatre mots les plus importants en investissement sont : « Je ne sais pas. » Si quelqu’un ne vous les dit pas, c’est qu’il ment.

Il y a quelques temps, j’ai invité à mon podcast Stephen Dubner, co-auteur de Freakonomics et de Pensez comme un freak. Il a relevé une statistique marquante : CXO Advisory Group a réuni les prévisions de 500 spécialistes et grands investisseurs. Il s’avère que le taux de réussite de ces « experts » n’est que de 47%. Bonne chance si vous suivez leurs conseils, quels qu’ils soient.

Voici mon expérience (j’ai appris à mes dépens tout ce qu’il NE FAUT PAS faire et un peu ce qu’il FAUT FAIRE) :

J’ai géré un hedge fund qui marchait bien. J’ai géré un fonds de hedge funds, ce qui signifie que j’ai sans doute analysé les résultats et les stratégies de près d’un millier de hedge funds différents.

J’ai appris une chose importante, que je répète souvent : Wall Street n’est qu’une vaste arnaque.

J’ai été un capital-risqueur et un business angel couronné de succès (cependant j’étais un horrible capital-risqueur – mais je dois sans doute cela à mon incapacité notoire à travailler avec les autres).

Aujourd’hui, je ne peux plus lever de fonds. Et je ne veux plus jouer à ce jeu. Tout le monde s’en contrefiche de mes pertes, moi le premier.

Je ne suis donc plus dans ce business. De toute façon, gérer un fonds exige trop de travail.

Ces quinze dernières années, j’ai testé toutes les stratégies d’investissement pouvant exister. Honnêtement, je n’en vois pas une seule que je n’aurais pas essayée.

J’ai également conçu un logiciel pour trader les marchés de manière automatique. Cela a très bien fonctionné. Mais aujourd’hui ce secteur est dominé par les traders haute fréquence.

J’ai écrit plusieurs livres sur mes expériences d’investissement ; j’ai couvert plusieurs sujets, de l’investissement automatique à Warren Buffett, en passant par les hedge funds et l’investissement sur le long terme (mon livre qui s’est le moins bien vendu, The Forever Portfolio (« Le portefeuille éternel », NDLR) s’est écoulé à 399 exemplaires depuis sa sortie en décembre 2008 ; il ne s’en est vendu qu’un exemplaire au cours du trimestre dernier).

Soit dit en passant, pourquoi publier un livre intitulé « le portefeuille éternel » au moment de la pire crise financière de l’histoire ? J’ai supplié mon éditeur (Penguin) de retarder la sortie du livre mais cela lui était impossible. « C’est le timing qui avait été prévu », me répondait-on comme une incantation magique. Les éditeurs sont des nazes. La bonne nouvelle est qu’ils ne reprennent jamais l’acompte qu’ils vous ont versé.

Ceci étant, tous les conseils décrits dans ce livre ont depuis excellemment bien fonctionné (Claudia a démontré cela dans une critique du livre sur Amazon mais elle fut par la suite contrainte d’admettre qu’elle était mon épouse, ce qu’elle n’avait pas fait lors de son premier avis publié). L’un des points dont je suis très fier, c’est que j’ai créé des mots croisés pour le livre. Je ne connais aucun autre livre d’investissement proposant des mots croisés à ses lecteurs.

Mais place au guide ! Ne suivez aucun de mes conseils. C’est le seul conseil que je donne et que je suis. Cela m’a bien réussi.

A) Dois-je me lancer dans le Day Trading ?

Seulement si vous souhaitez rassembler tout votre argent, le déchirer en petits morceaux, confectionner des cupcakes, placer un petit morceau d’argent à l’intérieur de chaque gâteau et puis les manger tous.

Alors vous tomberez malade, vous aurez mangé tout votre argent mais vos papilles auront connu une expérience enivrante. Voilà ce qu’est le Day Trading.

B) Je ne vous crois pas. Beaucoup de gens gagnent leur vie grâce au Day Trading.

Non. J’en connais personnellement deux, peut-être trois. Ces personnes travaillent 24 heures par jour et ce depuis plus de dix ans. Par conséquent, à moins d’y consacrer tout votre temps et d’être prêt à perdre beaucoup d’argent au début, vous ne devriez pas vous lancer dans le Day Trading.

Autre chose : lorsque vous day-tradez et perdez de l’argent, ce n’est pas comme lorsque vous avez un emploi.

Lorsque vous commencez un boulot vous ne perdez jamais d’argent. Si vous vous pointez au bureau pendant deux semaines, vous serez payé. Même si vous avez été à plusieurs reprises mis en garde pour harcèlement sexuel, vous serez payé quand même. Vous serez peut-être viré mais on vous donnera votre argent.

Les mauvais jours, le marché prend votre argent.

Parfois, il vous en prend même beaucoup. Nous ne sommes pas habitués à cette brutalité. Elle peut détruire psychologiquement une personne et rendre son trading encore pire.

C) Très bien. Mais alors, qui gagne de l’argent en Bourse ?

Trois types de personnes :

  • Les gens qui gardent des actions éternellement. Par exemple, Warren Buffett (il n’a jamais vendu une action de Berkshire Hathaway depuis 1967) ou Bill Gates (il vend des actions mais pendant quasiment 20 ans il a gardé ses titres Microsoft).
  • Les gens qui gardent des actions pendant un millionième de seconde (je vous recommande vivement la lecture du livre de Michael Lewis Flash Boys.) Cette technique est à la limite de la légalité et je ne la recommande pas.
  • Les gens qui trichent.

J’ai vu tout cela pendant 20 ans. J’ai vu toutes les escroqueries pouvant exister. Je pourrais écrire un livre sur l’Histoire des escroqueries de ces vingt dernières années.

Sans aller jusqu’à les décrire, en voici quelques-unes : Reg S, calendar trading, mutual fund timing, spirale de la mort, front running, pump and dump, manipulation d’actions illiquides, système de Ponzi et informations privilégiées – ces dernières ont toujours existé et existeront toujours. Ce sont là des arnaques qui ne datent que de ces 15 dernières années. Si je remonte à 50 ans, la liste serait cinquante fois plus longue.

Un jour j’ai voulu lever de l’argent pour l’un de mes fonds. J’ai rendu visite au patron de mon voisin. Ce patron gagnait depuis 20 ans 12% par an, invariablement.

Tout le monde voulait savoir comment il faisait. « Essaie d’obtenir quelques infos puisque tu es sur place, » me dit l’un de mes amis lorsqu’il sut que j’allais rencontrer cet homme.

Mais lorsque je le rencontrai, ce dernier me dit : « Je suis désolé, James. Je vous aime bien et si vous voulez travailler avec nous, ce sera avec plaisir. Mais je n’ai aucune idée de ce que vous feriez avec l’argent. Et ici chez Bernard Madoff Securities, la réputation est essentielle. »

Je n’ai donc pas obtenu d’argent de Bernie Madoff même s’il m’a demandé de travailler pour lui. Il semblait être un type très sympa.

J’étais déprimé en sortant de son bureau situé dans le Lipstick Building. « Pourquoi ne serai-je jamais assez bon ? » me demandais-je.

Plus tard, le même ami, celui qui m’avait demandé d’obtenir des informations et de « trouver comment il faisait » me dit : « Nous savions depuis toujours que c’était un escroc. »

Voilà une autre chose habituelle à Wall Street : tout le monde sait tout rétrospectivement et personne n’admettra jamais avoir eu tort.

Présentez-moi un ponte de Wall Street qui dit : « J’avais tort. » et je vous donnerai… je ne sais pas… quelque chose d’horrible et d’impossible [remplissez les blancs].

N’oubliez pas les quatre mots magiques.

« Je. » « Ne. » « Sais. » « Pas. »

(Retrouvez-moi mercredi pour la suite de ce guide. Je vous dirai notamment quelles valeurs vous devriez garder).

James Altucher

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