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L’art du lâcher-prise

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James Altucher
Ecrit par James Altucher

Il y a trois mois, j’ai vécu la pire chose qui me soit arrivée depuis cinq ans. Mais je ne veux pas me plaindre. Je vous raconterai la suite dans une minute.

« Vous allez vous suicider ? » m’a demandé un voisin il y a quelques années. Il avait tout juste commencé à lire mon blog.

« Parce qu’à la lecture de vos articles, j’ai l’impression que vous voulez mettre fin à vos jours« .

Quelques semaines plus tard, je suis tombé sur Henry Blodget qui m’a dit : « Tu t’es cogné la tête ? Que s’est-il passé ?« 

Un an après, la PDG d’une entreprise qui m’avait licencié m’a invité à déjeuner et m’a dit « Il paraît que vous avez eu une attaque ou une crise cardiaque« .

Non.

« Eh bien, au moins une dépression nerveuse ? C’est ce que tout le monde dit« .

Elle m’a ensuite proposé un poste important que j’ai dû refuser. Je ne voulais pas arrêter de faire ce que j’aimais.

Je me moquais de ce travail.

Je me demande toujours : dois-je me comporter comme la société l’attend de moi ? Puis-je dire « non » aux choses que je ne veux pas faire ?

Puis-je être heureux même si je refuse de faire des pieds et des mains pour faire plaisir aux autres à mes dépens ?

Je suis désolé de vous raconter si souvent mes échecs. Pour changer, je vais donc vous avouer une chose : le jour où j’ai décidé de lâcher prise, je n’ai jamais eu autant de succès.

Chaque fois que je me souciais de quelque chose, je devais faire face à un obstacle qui m’empêchait de l’obtenir.

J’essayais désespérément de forcer l’univers tout entier à céder devant mes maigres efforts.

Pendant très longtemps, j’ai accordé trop d’importance aux choses. Je me suis soucié de ce que telle ou telle personne pouvait penser. Pourquoi ne m’aimaient-ils pas ? Qui devrais-je supplier ensuite pour pouvoir « évoluer » ? Mais vous et moi, nous serons morts bien avant de parvenir à faire plier l’univers.

Par conséquent, j’ai complètement lâché l’affaire.

J’ai arrêté de m’en faire. Chaque jour, lâcher prise est la première chose que je fais au réveil.

Et depuis, voici ce que j’ai constaté :

A) LES GENS VOUS ÉCOUTENT

Vous n’avez pas d’arrière-pensées. Vous ne forcez personne à avaler quoi que ce soit.

Par exemple : quand j’écris un article qui déconseille d’acheter une maison, je n’ai aucun intérêt personnel en jeu. J’ai été propriétaire, mais ce n’est plus le cas. J’ai acheté des maisons, puis je les ai perdues.

Je n’essaie pas d’acheter la maison de quelqu’un à un prix avantageux (« Tu sais, mon pote, c’est une mauvaise idée d’être propriétaire. Que dirais-tu de me vendre ta maison à bas prix ? En toute discrétion, bien sûr »).

Je n’essaie pas non plus de vendre de produit en disant « donnez-moi tout votre argent« .

Je fais juste des calculs très simples.

Pourtant, cela énerve BEAUCOUP les gens. Après tout, c’est la décision la plus importante de leur vie (de la mienne aussi). Comment puis-je la remettre en question ?

Pas de problème, vous avez le droit de ne pas être d’accord avec moi. Cela m’est égal.

Quelles sont les personnes qui s’énervent le plus ? Je regarde toujours leur profil. En général, ce sont des employés haut placés d’une association nationale d’agents immobiliers.

Le pire fut le jour où je me suis opposé à la guerre. J’avais écrit : « Aucune guerre n’est justifiée » sur le site le plus pacifique que j’avais pu trouver : un site Internet sur le yoga.

Tous les autres articles du site portaient sur l’amour, la gentillesse, la compassion, la médiation, etc. Je pensais qu’un article pacifiste serait bien accueilli.

BON SANG !

2 000 commentaires haineux plus tard (« Je te trancherais les mains et les pieds si tu étais en face de moi« ), j’ai finalement répondu : « Écoutez, vous pouvez tous vous porter volontaires tout de suite si cela vous tient tant à cœur« . Personne ne s’est porté volontaire. Les commentaires ont cessé.

Mon seul argument : personne n’avait jamais pu me convaincre qu’il existait une cause suffisamment importante pour que j’accepte d’envoyer ma fille tirer sur d’autres gamines.

Une fois que les gens se rendent compte que vous n’avez pas d’arrière-pensées, je peux vous assurer qu’ils commencent à vous faire confiance. Jamais dans ma vie on ne m’a fait autant confiance qu’aujourd’hui.

B) LES GENS VOUS DÉTESTENT

Environ une fois par an, quelqu’un publie un article qui me démolit complètement. Cette année, je suis peut-être tombé sur deux ou trois articles de ce genre.

Je ne sais pas vraiment pourquoi ils font ça et je ne réponds pas.

Je ne donne jamais de conseils. Je me contente de raconter ce qui m’est arrivé et d’expliquer comment je m’en suis sorti. Si quelqu’un veut m’attaquer là-dessus, grand bien lui fasse. Je n’ai jamais compris l’intérêt.

C) LES PROPOSITIONS ET L’ARGENT TOMBENT DU CIEL

C’est la vérité. Vous n’êtes pas obligé de les accepter. Personnellement, j’aime rester chez moi pour lire, me cacher, écrire et enregistrer des podcasts.

Je décline toute proposition qui m’empêcherait de faire ce que j’aime.

Cela étant dit, il m’arrive parfois d’en accepter. Si vous arrêtez de vous accrocher aux possibilités, vous verrez qu’il en existe d’autres, incroyables.

J’ai couru après l’argent pendant 20 ans. Voici ce qui s’est passé :

J’avais une idée de ce à quoi l’Univers devait ressembler, et j’essayais de la concrétiser.

Le problème, c’est que l’Univers s’en est parfaitement sorti sans moi pendant 13,8 milliards d’années.

Alors il m’ignorait, tout simplement, parce que JE M’OBSTINAIS à vouloir obtenir X, Y et Z.

L’Univers peut faire pousser des plantes en laissant la pluie tomber, ou faire exploser une étoile et détruire une galaxie. Mais il se fout complètement de mes désirs et objectifs.

Mes besoins sont insignifiants pour lui.

L’autre jour, quelqu’un m’a demandé : « Vous aimez les humains ? » Bizarre, comme question.

Je lui ai répondu : « Bien sûr. Mais, pour autant, je ne pense pas que nous soyons si spéciaux par rapport au reste de l’Univers« .

Il a répliqué : « C’est la chose la plus stupide et la plus idiote que j’ai entendue de ma vie« .

Très bien. Au revoir, et bonne chance. Bon, comme vous êtes humain, je vous aime bien aussi.

J’ai arrêté de m’en faire aux alentours de 2010. J’avais 42 ans. Avant, je prenais beaucoup les choses à cœur. Et je pleurais systématiquement quand je n’obtenais pas ce que je voulais.

Chaque jour apportait son lot de nouvelles préoccupations : « Pourquoi est-ce qu’ils ne m’aiment plus ? » ou « Pourquoi est-ce que cela n’a pas marché pour moi, alors que cela a très bien fonctionné pour eux ? » Et surtout : « POURQUOI MOI ? »

Pourquoi pas ?

Toutefois, ne plus s’en faire ne veut pas dire ne plus rien faire. Vous vous consacrez aux choses qui vous chuchotent à l’oreille. C’est un murmure incessant.

Les graines ne restent pas sous terre éternellement ; avec un peu de pluie, de soleil et de nutriments, elles finissent par pousser.

On peut bien dire : « Ces opportunités ne sont pas à la portée de tout le monde. » Mais franchement, les opportunités finissent TOUJOURS par arriver pour celui qui donne toujours le maximum sans se soucier des résultats.

Je suis parti de rien : la plupart du temps, je n’avais pas d’argent, pas de contacts et pas d’amis. J’étais dans la m**de.

Mais je cherchais quelque chose qui me plairait. Je le faisais sans objectif précis et tôt ou tard, les opportunités se présentaient. Systématiquement.

Si j’en suis là aujourd’hui, c’est parce que j’ai fait ce que j’aimais sans me soucier des résultats.

Les gens veulent savoir quelle est l’astuce pour y parvenir. S’il y a un « truc ».

La seule astuce, c’est de lâcher prise.

Par exemple, je dois parler en public plus tard dans la journée. Je me prépare pour m’assurer de faire de mon mieux, mais sans me soucier des résultats.

Je vais vous dire ce dont j’ai été le plus fier au cours des cinq dernières années.

Il y a quelques années, j’ai visité le plateau d’une émission télévisée. C’était fascinant ! J’ai appris beaucoup de choses et j’ai adoré chaque minute passée là-bas.

En milieu de journée, j’ai reçu un appel inattendu. C’étaient de très mauvaises nouvelles. Des nouvelles choquantes.

Si je voulais raconter cette histoire en détail, je devrais écrire un livre. Cela ferait un bon polar.

Je dirais simplement que j’ai perdu plus d’argent ce jour-là, à cette heure précise, que je n’en ai jamais perdu de ma vie. C’était il y a deux ans et trois mois.

Après avoir raccroché, je suis retourné sur le tournage de l’émission. J’ai vécu l’une des meilleures journées de ma vie. Je suis resté jusqu’à la fin pour en apprendre le plus possible.

Quelques mois plus tard, j’ai raconté à l’ami qui avait assisté au tournage avec moi ce qui s’était en fait passé ce jour-là.

Il s’est exclamé : « Quoi ?! Tu avais pourtant l’air bien toute la journée ! Tu posais des questions, tu t’amusais. Comment quelque chose d’aussi horrible a-t-il pu se produire ? »

C’est facile. Je me moquais de ce qui s’était passé. Les opportunités vont et viennent. Je finis toujours par les trouver.

En revanche, je ne m’amuserai peut-être plus jamais comme ce jour-là. Je trouverai toujours un moyen de renflouer mon compte en banque, mais jamais plus je ne pourrai revivre une minute de ma vie.

J’ai peut-être l’air de me vanter, mais j’étais heureux parce que j’avais eu l’occasion de voir réellement comment ce principe s’appliquerait dans ma vie si quelque chose de mauvais se produisait de nouveau.

Il ne s’est rien passé.

La pratique quotidienne que je recommande ne consiste pas à avoir en permanence des tonnes d’idées susceptibles de générer des milliards de dollars. Il s’agit plutôt de faire du temps qui passe – aussi invisible soit-il – notre bien le plus précieux, en divisant un moment en plusieurs instants de bonheur.

Néanmoins, l’idée n’est pas de perdre de l’argent. Quand vous arrêtez de vous en faire, le nombre de personnes qui veulent travailler avec vous explose.

On vous fait davantage confiance. Vous devenez Google au lieu de Lycos (vous vous souvenez de ce moteur de recherche ?).

De nombreuses personnes pensent être malignes parce qu’elles donnent plus que ce qu’elles promettent au départ.

Mais promettre moins que ce que l’on peut offrir revient à mentir. On agit ainsi quand on a peur d’échouer.

Autrement dit, quand on prend trop les choses à cœur.

Personne ne veut travailler avec un menteur. Promettre moins que ce que l’on peut offrir est le moyen le plus sûr de rejoindre le camp des perdants.

Quand on ne prend plus les choses à cœur, il est bien plus facile de promettre plus et de donner plus. C’est ainsi que vous attirerez à vous de nombreuses opportunités.

D) VOUS PERDEZ DES AMIS ET DES PROCHES

Vos amis et votre famille veulent que vous vous préoccupiez des mêmes choses qu’eux. C’est à peu près tout. Ils veulent que vous vous conformiez à l’image qu’ils se sont faite de vous.

Si vous n’allez pas dans leur sens, ils essaient souvent de vous y obliger, ils prennent leurs distances ou, pire, ils se mettent à vous détester.

Mais tout n’est pas négatif. Il faut savoir que nous sommes la moyenne des cinq personnes que nous fréquentons le plus.

Par conséquent, je finirai bien par m’entourer de personnes intéressantes, parce qu’elles suivent ce conseil, elles aussi.

Il n’est donc pas si difficile de trouver les cinq – ou les dix – « bonnes personnes ».

À notre naissance, nous ne choisissons pas notre famille et, bien souvent, nous ne choisissons pas non plus nos premiers amis.

Mais cela change avec le temps.

E) VOUS ÉCOUTEZ PLUS

Les gens ont des opinions de m**de en ce qui concerne la politique, l’économie, les sciences ou la philosophie – juste pour le plaisir.

En moyenne, une personne prononce environ 10 000 mots par jour.

J’essaie de parler moins que cela. Cela me permet de développer mon énergie mentale et me force à écouter davantage ce que les autres ont à dire.

Oui, j’ai des opinions (sur l’université, par exemple, ou sur la guerre), mais je ne me dispute pas avec les autres à ce sujet. Ils peuvent avoir leur propre avis, eux aussi.

Comme le dit l’humoriste Louis CK : « Quand vous mangez du bacon, vous vous fichez bien de savoir qui est Président« .

Je trouve l’approche de Scott Adams (auteur de BD, notamment de Dilbert) assez intéressante. Il m’a raconté qu’il aimait bien choisir un sujet polémique et défendre les DEUX côtés. Par exemple, donner à la fois des arguments pour et contre l’avortement.

Ainsi, les deux camps le détestent, parce que défendre la position de l’AUTRE est ce qu’il y a de pire.

Or, quand on ne prend plus les choses à cœur, on découvre qu’en fait, l’AUTRE n’existe pas.

Il y a vous et moi, et l’électricité dans l’air à mesure que nous nous rapprochons.

F) VOUS JETEZ DES CHOSES

Vous vous débarrassez :

  • Des livres que vous ne lirez plus jamais.
  • Des vêtements que vous ne porterez plus jamais.
  • De la vaisselle, de la nourriture, des draps, des serviettes et des meubles dont vous n’avez pas vraiment besoin.
  • Des opinions qui n’intéresseront finalement plus personne.

Et ce n’est pas tout. Vous éliminez également les phrases inutiles (« Quel temps fait-il aujourd’hui ? »).

En moyenne, une personne a 60 000 pensées par jour, mais 90 % d’entre elles sont les mêmes que la veille. Vous commencez donc à éliminer les pensées inutiles. Les inquiétudes inutiles. Les regrets inutiles.

Quand j’étais petit, je me suis un jour réveillé très tôt ; j’ai pris un feutre et j’ai dessiné sur la maison de chacun de mes amis. Une maison après l’autre.

Quand je suis rentré chez moi, mon père m’a battu comme jamais. Mais je m’étais bien amusé à dessiner. D’ailleurs, je dessine toujours sur le carnet que j’emporte partout avec moi.

Quand je serai grand, je veux redevenir un petit garçon.

A propos de l'auteur

James Altucher

James Altucher

2 Commentaires

  • Bonjour, super article j’ai l’impression d’être dans le même état que vous sur pleins de points
    Avec vous eu des problèmes de santé non physiques ?
    Cdlt
    Acuq

  • Bonjour,J’ai bien lu et relu votre document. Je tiens sincèrement a vous remercier . Vous m’avez vraiment fait comprendre beaucoup de choses.

    Je vais mettre en application vos conseils et je vais simpliflié ma vie. Je voudrais profiter de ma fin de vie au maximun. Je vais avoir 73 ans et je perd mon temps a redevenir millionnaire a mon age . C’est ce que vous m’avez fait comprendre .

    J’apprécie beaucoup ce que vous faite comprendre au gens. Moi,je vais faire quelques activités pour bien vivre mais rien de plus. J’ai tout perdu mes immeubles ,mon crédit .J’ai été victime de fraude .Ont a profité de moi suite a mon AVC .Mon cerveau a été endommagé a 45% .

    Je vais mieux maintenant .Mais j’avais la rage de redevenir riche comme auparavent.

    Maintenant ,je sais grace a vous vivre ma fin de vie en paix mais bien vivre modestement le restant de mes jours.

    Vous êtes une bonne personne.

    Je vais lâché prise pour mes gros projets..

    Très sincèrement.

    M.Irenée Bélanger

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