Economie et marchés financiers

Le conseil financier le plus intelligent qu’on m’ait donné

conseil financier
James Altucher
Ecrit par James Altucher

« Tu es stupide. » Ce simple conseil m’a fait gagner des millions.

Parler de millions pourrait ressembler à de la vantardise.

Pourtant, je dois bien utiliser ce mot-là. Parce que c’est le conseil le plus important qu’on ne m’ait jamais donné.

Sans ce conseil, je serais certainement mort. Ou en train de pleurer – beaucoup – comme je l’ai fait pendant tant d’années.

Stupide
adjectif
1. Qui manque d’intelligence ou de bon sens
« J’étais assez stupide pour croire qu’elle était parfaite. »

(Cela m’a toujours amusé d’étudier la personnalité des rédacteurs de dictionnaires. Leurs exemples révèlent toujours beaucoup de leur vie privée.)

C’est compliqué lorsque l’on a des problèmes psychologiques.

Depuis mes 22 ans, presque toutes mes petites amies ont insisté pour que je consulte un psychiatre. Pas seulement un psychologue. « Quelqu’un qui peut te prescrire des médicaments. »

Parce que j’étais angoissé et déprimé.

Si vous vous réveillez à trois heures du matin pour additionner les chiffres sur un bloc-notes pour voir combien de temps il vous reste avant de vous retrouver à court d’argent (et à ce moment-là, non seulement vous vaudrez zéro mais vous serez aussi un « zéro »), alors vous avez besoin d’être aidé.

J’avais besoin d’être aidé.

Lorsque j’étais enfant, tout le monde disait que j’étais intelligent. Pourquoi étais-je toujours en train de m’auto-saboter ? Pourquoi est-ce que je flirtais tout le temps avec le zéro ?

En me levant le matin, je me demandais : c’est quoi tous ces morceaux de papier ? Je les regardais sans rien y comprendre.

Je voyais seulement beaucoup de soustractions ainsi que beaucoup de nombres négatifs… et un peu de trigonométrie.

Non.

Déchire-moi ça.

La trigonométrie ne sert à rien.

Pour lutter contre mon angoisse, j’ai avalé au cours des 20 dernières années : du Prozac, du Zoloft, du Rivotril, du Xanax, du Stilnox (une fois), de l’OxyContin, de l’Amitriptyline et sans doute d’autres dont je ne me souviens plus.

Le Rivotril a bien fonctionné sur moi mais il est addictif et le sevrage est très difficile.

On ne peut pas gagner de l’argent si on est trop angoissé.

L’angoisse conduit à l’auto-sabotage.

Avant je ne croyais pas à l’auto-sabotage. Pourquoi quelqu’un se saboterait-il lui-même ?

Mais c’est insidieux. C’est un démon qui naît au centre de votre cerveau et se répand comme l’hélium dans un ballon de baudruche jusqu’à ce que votre être rationnel s’envole et qu’il ne vous reste plus que le saboteur.
« Les gens qui ont une mauvaise estime d’eux-mêmes ont plus de probabilité de s’auto-saboter lorsque quelque chose de bien leur arrive, parce qu’ils pensent ne pas le mériter. »

(Cela en concerne-t-il que moi ? Je dois toujours me rappeler cette phrase pour éviter l’auto-sabotage.)

Exemple : vous êtes en lice pour une grosse prime.

Mais cela vous angoisse. Vous avez de plus en plus peur à mesure que le jour fatidique approche.

Vous pensez que vous ne le méritez pas. Pourquoi ? Vous ne le savez pas. Vous ne savez même pas si cela est vrai.

Mais lorsque vous étiez plus jeune quelqu’un vous a dit (un parent ? un professeur ?) que vous ne le méritiez pas (cela fait cliché mais je compte sur votre indulgence).

Depuis, une partie de vous, au plus profond de votre être, veut le mériter mais angoisse énormément lorsque vient le moment de le prouver.

Alors vous passez un accord. Vous dites : « Donnez-moi 50% maintenant et vous n’aurez pas à me donner la somme totale plus tard. »

Votre angoisse et votre auto-sabotage vous coûtent 50% parce que vous pensez ne pas les mériter.

Suis-je seul dans ce cas ?

Voici comment éviter l’angoisse. Restez en lien avec :

  • votre conjoint et votre famille ;
  • vos amis ;
  • vos connaissances ;
  • votre communauté ;
  • votre foi ;
  • vos sous-cultures ;
  • votre but supérieur ou votre vision d’une vie idéale.

Être en lien résout l’angoisse et aide à faire avancer votre carrière. Être connecté est le meilleur médicament. Cela guérit, sauve la vie.

J’ai lu une étude à laquelle je crois : les meilleures personnes pour faire avancer votre carrière ne sont pas vos amis ou vos plus proches associés.

Ce sont les associés de vos associés. Ces gens-là sont ceux qui vous connaissent et pensent à vous lorsqu’ils en ont besoin.

Chaque jour, travaillez vos relations. C’est un bon conseil qu’on m’a donné (mais pas le meilleur).

Avec des relations, vous aurez moins d’inquiétudes, une meilleure carrière, plus de créativité, plus de chance.

Mais ce n’est pas là le MEILLEUR conseil – seulement le deuxième meilleur conseil.

« Tu es stupide. »

J’aurais aimé que quelqu’un me dise cela en 2010, en 2008, en 2005, en 2002, en 2000 et en 1997.

Quelqu’un me l’a dit en 2012 et depuis je n’ai plus jamais connu de problèmes financiers.

Si je devais écrire mon CV, ce ne serait qu’une longue liste de toutes les fois où j’ai été con. Si « con » est un gros mot, je m’en excuse.

Mais en me traitant de stupide, je ne m’auto-déprécie pas, ni ne fais preuve d’humilité. Au bout de 20 ans d’un travail acharné, j’ai compris que je suis un bel imbécile.

  • Lorsque j’ai pour la première fois fondé une entreprise technologique dans les années 1990, je pensais être intelligent (j’étais féru de technologie et de logiciels depuis les années 1980).
  • Lorsque je suis devenu pour la première fois capital-risqueur, je pensais être intelligent parce que j’avais vendu une entreprise et étais super calé en technologies.
  • Lorsque je suis devenu pour la première fois day trader, je pensais avoir programmé un super modèle des marchés boursiers. Mais je ne m’étais pas rendu compte de l’importance de la psychologie.
  • Lorsque j’ai géré un hedge fund, je pensais savoir bien juger les gens. Lorsque je suis devenu « business angel », je pensais être assez intelligent pour connaître la gestion financière.
  • Lorsque j’ai… lorsque j’ai… lorsque j’ai… : des relations, des partenariats, des investissements.
  • J’ai un jour investi de l’argent dans une société, et j’ai été si gourmand que j’en ai acquis 30% pour pratiquement rien. Pourquoi ne me suis-je pas rendu compte qu’il y a une raison pour laquelle certaines entreprises sont si bon marché ?
  • Lorsque je suis entré au conseil d’administration d’une entreprise, mon instinct me criait : « Ne le fais pas. » Mais ma cupidité était titillée par le nombre de parts qu’ils m’offraient.

La cupidité, l’insuffisance de gestion financière, le manque de compréhension de business models plus importants, la paresse, le mauvais jugement sur les gens, l’incapacité à traiter l’échec, la faible compréhension des cycles dans les marchés… toutes ces choses m’ont conduit à être stupide.

En outre, puisque tout le monde pensait que j’étais intelligent, j’avais toujours peur d’agir de manière stupide.

J’ai toujours porté un masque pour paraître intelligent. Pour sembler être un GÉNIE !

Un exemple ? Si quelqu’un expliquait une technologie sophistiquée, j’étais le premier à me lancer pour poser une question stupide et prouver à mes collègues que j’étais quelqu’un de brillant.

Quel idiot !

Voici mon héros :

Dans ma société de capital-risque, j’avais un associé. La société s’appelait « 212 Ventures ». J’aimais bien ce nom.

212 Ventures Logo

(Notre logo. C’était la meilleure chose dans notre fonds. Nous en avons même fait des vestes imprimées.)

Nous avions quatre partners et quatre associés et gérions près de 125 millions de dollars pour d’importants investisseurs.

Nous étions nuls.

Mais…

L’un de mes associés se rendait à chaque réunion et levait systématiquement la main pour se faire tout expliquer.

« Un instant, disait-il. Réexpliquez-moi cela comme si j’étais un élève en primaire. »

Et il ne laissait pas ses interlocuteurs s’arrêter avant qu’ils ne soient capables de tout lui expliquer – comme s’il était un élève à l’école primaire – et qu’il finisse donc par comprendre.

Je me moquais de sa stupidité.

Aujourd’hui, je me rends compte qu’il était l’homme le plus intelligent de tous. Moi, j’étais le plus stupide.

Toutes mes décisions d’investissement perdirent alors de l’argent. Absolument toutes.

Lorsqu’elles mirent la société en faillite (tous les investisseurs retirèrent leur argent), mon collègue « stupide » fut assez intelligent pour obtenir de grosses indemnités pour nous tous malgré nos échecs continuels. Je suis content qu’il ait été aussi stupide.

Puis j’ai changé.

Cela vaut-il la peine d’expliquer combien cela m’a coûté de paraître intelligent ?

Des dizaines de millions de dollars, peut-être plus. Si je décris toutes les manières par lesquelles je me suis montré stupide, les gens ne pourront que penser « qu’est-ce qu’il est… ».

Neuf automobilistes sur dix pensent qu’ils sont « au-dessus de la moyenne ». JE suis l’automobiliste qui SAIT qu’il conduit mal.

Neuf personnes sur dix pensent savoir bien investir ou bien juger les caractères.
Je suis celui qui « SAIT » qu’il ne le sait pas.

En 2012 (en fait déjà en 2007 mais par hasard, puis j’ai fait une rechute), cela a changé.

J’en avais marre de perdre de l’argent tout le temps. J’en avais marre des mauvaises relations. J’en avais marre de la médiocrité constante.

Je pensais être intelligent ! Pourquoi ne m’arrivait-il jamais rien de bon ?

Au début des années 1960, lorsque mon père était en train en divorcer, lui et sa femme de l’époque ont été consulter un psy. Mon père ne cessait de répéter à quel point il était intelligent et qu’il avait du potentiel.

À l’époque, il était vendeur de glaces.

Le thérapeute lui demanda : « Si vous étiez si intelligent, pourquoi n’êtes-vous pas riche ? »

Ce qui est une question horrible. Peut-être n’est-ce pas si important d’être riche.

Mon père est mort sans le sou. Plus tard, j’ai payé pour sa maison, ses meubles, j’ai remboursé toutes ses dettes et ses autres dettes venant de ma mère. Je croyais être intelligent et voulais le lui montrer.

Et puis j’ai fait faillite. Stupide !

Voici ce qui s’est passé :

J’ai reçu cet avis : « Tu es stupide ! »

En d’autres termes, ne prends pas de décisions par toi-même. Trouve d’autres personnes qui sont plus intelligentes que toi pour t’aider.

Par exemple, un jour j’ai investi dans une entreprise, Buddy Media.

Le PDG m’avait coaché pour devenir PDG d’une entreprise que j’avais fondée, Stockpickr. J’étais assez intelligent à l’époque pour voler toutes ses idées.

Absolument toutes. Elles ont fonctionné. J’ai alors su qu’il était intelligent.

Lorsqu’il a fini par fonder sa propre société, je l’ai supplié de m’y associer dès le début.

Aujourd’hui, lorsque j’investis :

  • je cherche quelqu’un de plus intelligent que moi. Ce PDG avait créé et vendu deux autres entreprises. En outre, j’avais vu la force de ses idées lorsque je les avais volées ;
  • je cherche des co-investisseurs plus intelligents que moi. Peter Thiel (fondateur de PayPal et investisseur initial dans Facebook) et Mark Pincus (fondateur de Zynga), tous deux milliardaires, investissaient avec moi. Peu importe à quel point je me sentais intelligent, ils étaient des investisseurs qui réussissaient mieux, plus intelligents et qui faisaient mieux ce qu’il faut.

C’est un fait. Il faut que tout le monde soit plus intelligent que moi pour que je m’investisse dans une entreprise.

Lorsque j’ai investi dans cette entreprise, elle valait 4 millions de dollars. À sa vente en 2012, elle valait près de 900 millions de dollars.

Lorsqu’une société dans laquelle j’ai investi m’appelle à l’aide, je sais que je suis dans la merde. Je veux que le PDG ne me rappelle PAS.

Il devrait s’employer à être intelligent. C’est pour ça qu’il est dans cette société et pas moi qui suis stupide.

Lorsque Howard Stern a dit à Jerry Seinfeld « Tout le monde dans le pays voulait une dixième saison de votre série TV Seinfeld et vous ne l’avez pas faite », Seinfeld répondit : « C’est pour ça que je suis dans le show business et pas eux. »

Je veux que le gars plus intelligent que moi soit comme Jerry Seinfeld. C’est pour ça qu’il est X, Y, et Z et que je ne le suis PAS et donc j’ai confiance en ses décisions.

Jerry Seinfeld

(Jerry Seinfeld dans le club dont je suis copropriétaire. Je me sens vraiment très chanceux depuis que j’ai commencé à suivre ce conseil.)

Depuis que j’ai décidé que j’étais stupide, je vais vous dire ce qui est arrivé.

100% de mes investissements ont été une réussite. 100% ! C’est simple : si le PDG est plus intelligent que moi (une manière facile de le savoir : il a auparavant fondé et vendu une entreprise semblable), et si mes co-investisseurs sont plus intelligents que moi (ainsi, ils auront mené des vérifications préalables bien meilleures que celles que j’aurais pu faire), alors l’investissement est bon.

Lorsque je crée une entreprise, je m’assure que tous ceux que j’embauche sont plus intelligents que moi, ainsi je peux apprendre.

Lorsque je prépare un podcast, je pars de l’hypothèse que tous mes invités sont plus intelligents que moi, pour alimenter ma curiosité.

Je mesure la chance que j’ai que tant de mes superhéros répondent à toutes mes questions dans mon podcast.

Le meilleur conseil qu’on m’a donné dernièrement (de la part de milliardaires, de grands acteurs, d’artistes, d’athlètes) : être honnête, être soi, être humble, être curieux, réseauter avec sincérité, se montrer tous les jours.

C’est aussi simple que cela.

J’ajouterais : être stupide.

Vous pouvez faire cela avec vos relations : voyez si les gens qui les fréquentent sont plus intelligents que vous.

C’est ainsi qu’à présent je juge les gens. Par les personnes qu’ils fréquentent et comment je les vois me traiter.

Si une personne me dit « Je t’aime », cela ne veut rien dire pour moi. Je suis stupide. Je suis assez stupide pour le croire.

Mais si une personne me montre qu’elle m’aime, alors je pense pouvoir investir dans cette relation.

Je l’aime.

Qui m’a donné ce conseil ? Ce conseil fantastique, merveilleux qui ne cesse de changer ma vie ?

Un jour, j’ai perdu beaucoup d’argent en Bourse. Je pensais être plus intelligent que le marché.

J’étais si déprimé que je suis sorti me promener sur la plage près de chez moi, j’ai ôté tous mes vêtements et suis entré dans l’eau. Je ne voulais pas me noyer mais j’avais l’intention de me noyer.

Je suis rentré chez moi. J’ai à nouveau regardé mon compte en banque. Tant d’argent perdu. Pour la 10 000e fois. J’en étais malade. « Ne suis-je pas intelligent ? » me demandais-je.

Non.

Je me suis regardé dans le miroir.

« Tu es tellement stupide, dis-je en regardant ma tête arrogante et vulgaire. S’il te plaît, je t’en supplie, cesse d’être si stupide. »

C’est alors que tout a commencé à aller bien mieux.

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James Altucher

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