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Le formidable pouvoir de l’enracinement

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James Altucher
Ecrit par James Altucher

Il y a dix ans, après mon divorce, je suis revenu m’installer à l’hôtel Chelsea.

C’était en 2007, et Robert était à son bureau. Lorsque j’ai emménagé pour la première fois, en 1995, Robert était déjà à son bureau.

Je ne l’avais pas vu depuis 1998, époque à laquelle j’avais déménagé, trois mois environ après mon mariage. C’est donc là que je suis revenu, directement.

En 2007, lorsque je me suis installé, je n’avais rien d’autre qu’un sac. C’est à peine si Robert a levé les yeux.

« Te revoilà », m’a-t-il dit. C’étaient les premiers mots qu’il m’adressait depuis dix ans. Puis il m’a fait faire le tour du propriétaire.

J’étais chez moi.

Les murs de l’hôtel Chelsea étaient recouverts d’horribles dessins. Parfois, les artistes qui avaient du mal à finir leurs fins de mois payaient leur loyer en dessins. On ne sait jamais !

Parfois, d’autres personnes payaient en… autres choses. En ce qui me concerne, je payais toujours en liquide.

La première fois que j’ai emménagé, c’était en 1995. J’avais créé mon premier site Internet et cela m’avait rapporté pas mal d’argent. Il existe encore : diamondcutters.com.

Shlomo, le propriétaire de la société de diamants, m’avait donné une enveloppe pleine de billets. Il est mort depuis, dans un accident d’avion, en Russie, alors qu’il cherchait des diamants.

La secrétaire de Shlomo avait une cicatrice couleur vin qui ressortait sur sa joue.

Je l’aimais bien.

J’ai pris l’enveloppe pleine de billets et je suis allé à l’hôtel Chelsea ; je me suis installé dans le hall et j’ai attendu Stanley Bard, le propriétaire, pendant des heures.

« T’es qui toi ? Un dealer ? », m’a-t-il demandé, ce qui ne l’a pas empêché de prendre mon argent et de me donner une chambre.

Dix ans plus tard, je me retrouvais au même endroit. J’avais peur. Je m’imaginais me suicider dans six mois si les choses ne s’arrangeaient pas.

J’ai rencontré une femme, Stephanie. On est allé dîner plusieurs fois. Elle était psychiatre. J’avais peur qu’elle découvre mon secret et qu’elle pense (ou arrive à savoir !) que j’étais dingue.

Elle est venue chez moi et nous avons regardé un film, un vrai navet. Elle a trouvé la chambre repoussante. « Comment peux-tu vivre ici ? », m’a-t-elle demandé.

Des préservatifs usagés traînaient partout dans les escaliers de l’hôtel (une fois, j’avais même dû mettre mes mains sur les yeux de mes enfants pour descendre).

Dans chaque chambre, on trouvait un drogué à ci ou à ça. Et quelques touristes. En quelque sorte, je me situais entre ces deux catégories de personnes, je ne me sentais jamais à l’aise avec qui que ce soit.

Lorsque l’hôtel Chelsea avait ouvert, en 1884, c’était le plus gros hôtel et l’un des plus grands bâtiments au monde. Il a battu un record, je ne me souviens pas de quoi il s’agissait, mais il en a battu beaucoup.

Il n’y avait pas de porte entre ma chambre et la salle de bains. Quant aux meubles, ils étaient vieux et probablement sales. Je m’en fichais. J’aimais bien cette chambre.

Le matin, lorsque je me réveillais, je me sentais à la fois abattu, seul et chanceux.

J’étais chez moi, même si je me sentais trop abattu pour bouger le matin. Pourquoi les rayons du soleil percent-ils à travers la fenêtre ? Qui a posé cette question ?

Stephanie est partie une fois le film terminé. Le lendemain, elle m’a appelé, elle sortait de chez son psychiatre.

Elle m’a dit : « Mon psychiatre pense que nous ne devrions pas nous revoir. Tu vis à l’hôtel et tu n’as pas de réelles racines. Tu dois te fixer quelque part.

– Je ne savais pas que les psychiatres suivaient des psychothérapies, lui répondis-je. J’imaginais une échelle montant à l’infini, sur laquelle des psychiatres monteraient et donneraient des conseils aux gens qui ont la certitude de ressentir de la honte et qui n’ont personne à qui parler.

– Tu dois te fixer quelque part. Tu dois trouver un endroit à toi, un vrai endroit.

– Celui-là est bien réel, lui dis-je. C’est l’endroit d’où je viens.

– Non, absolument pas, répondit-elle.

– Et si je vivais dans l’immeuble en face de chez toi ?

– Trop près. C’est trop rapide.

– Et si je vivais en centre-ville, j’ai des amis pas loin.

– Trop loin. Je n’ai pas envie de faire 45 minutes de trajet aller-retour chaque fois que l’on se voit. »

Elle semblait avoir tout prévu. Je ne sais pas, mais on aurait dit qu’elle était l’adulte et moi le petit garçon.

Une fois, nous étions sortis et nous avions eu une conversation qui m’avait mis en colère et ça s’était terminé en pleurs, puis elle était partie. Ou, du moins, je ne l’ai pas rappelée et je ne l’ai jamais recontactée.

Quelques semaines plus tard, elle m’a envoyé un e-mail. « Que s’est-il passé ? J’ai supprimé tous mes comptes sur les sites de rencontre pour toi. »

De 2015 à 2017, j’ai vécu dans des Airbnbs. Je n’avais pas d’adresse fixe. Je pouvais déménager en un clin d’œil car je ne défaisais jamais mes valises, je n’avais que deux ou trois tenues de rechange, un ordinateur et un bagage à main.

Je ne pouvais pas me fixer, rien ne semblait fonctionner pour moi, j’allais de chambre en chambre.

C’est à cette époque que j’ai découvert que j’avais des amis. J’avais écrit des livres et des articles, j’avais fait des podcasts, du coup certaines personnes voulaient devenir mes amis.

Le NY Times parlait de moi. Une société de télévision voulait tourner une série sur mon histoire. Certains avaient même envisagé de tourner une télé réalité.

Tout le monde disait : « J’adorerais vivre comme lui. » On disait que j’étais un minimaliste, je dirais plutôt que j’étais feignant. Et voyeur.

J’aimais observer comment vivaient les autres. Ceux qui me confiaient leur maison.

Certains aimaient jouer avec les petits avions. Un gars avait trois pianos, un autre peignait des petits garçons nus.

Un troisième avait été inculpé pour je ne sais plus trop quoi. Une fois, la police a débarqué et a tambouriné à la porte. En même temps, il m’envoyait des textos : « Ne les laisse pas rentrer ! »

Un autre encore dirigeait la banque centrale d’un grand pays, l’Australie, ou la Nouvelle-Zélande, je ne me souviens plus exactement. De son appartement, j’avais une vue sur l’appartement de David Bowie. C’était mon préféré.

Lorsqu’il est mort, j’ai laissé un petit quelque chose à son intention.

Je pouvais vivre au premier étage, au second, au troisième. Je pouvais avoir une piscine, une super vue et parfois je n’avais rien du tout. Je parcourais le pays et ses Airbnbs. Chaque propriétaire voulait que je sois satisfait car j’étais LE gars qui vivait dans les Airbnbs.

Tout le monde a son histoire. Je ne me souviens que de quelques bribes de la mienne.

Il y a environ deux mois, je me suis installé dans un nouvel endroit. Ce n’est pas un Airbnb. C’est MON endroit. Pour la première fois de ma vie, je me suis installé dans mon chez-moi et je me suis acheté des meubles.

J’avais envie de m’installer. J’avais besoin de me fixer, de ne plus bouger en permanence.

J’aimais ce bâtiment.

C’est comme l’hôtel Chelsea du vieux bonhomme. De nombreux artistes vivent ici, Cyndi Lauper, Nora Ephron.

Ma voisine est la fille de l’un de mes auteurs favoris. Il n’est plus de ce monde, mais il a vécu dans cet appartement. J’ai lu son livre deux fois.

L’agent immobilier n’en revenait pas : « Je peux vous montrer des appartements bien mieux que celui-là. »

Un autre gars m’a dit : « Cet endroit ne vaut pas la peine que tu dépenses un dollar. »

Je m’en fichais.

Je voulais louer cet immeuble. Mon agent immobilier m’a dit : « Vous ne serez jamais accepté. Vous n’avez jamais eu de carte de crédit. Ni de cote de solvabilité. »

J’ai payé 13 mois d’avance.

« Je n’ai jamais vu quelqu’un être accepté aussi vite », m’a dit l’agent immobilier.

J’ai emménagé, je n’ai même pas pris la peine de visiter quoi que ce soit d’autre. Je SAVAIS que c’était le bon endroit.

Un ami a choisi des meubles pour moi. « Prends le minimum, du noir et du blanc en priorité, et un peu de bleu. »

Je n’avais encore que quelques tenues, la plupart des placards étaient donc vides.

Mais j’ai recommencé à acheter des livres.

Les livres que j’avais toujours aimés. C’est comme s’ils étaient sortis de mon ordinateur et s’étaient installés dans ma bibliothèque. J’aimais toucher les pages. J’aurais voulu prendre un bain dans une baignoire remplie de livres.

Et j’ai pu inviter des amis. En fait, j’avais des amis. Des amis !

Je me sentais bien. Un matin, je me suis réveillé, submergé par une énorme vague appelée « stabilisation ». Alors c’était ça avoir un chez-soi.

C’était comme si j’étais devenu un arbre enraciné profondément dans le sol. Je me sentais puissant.

Maintenant, si quelqu’un entre dans ma vie, la personne doit être DIGNE de pénétrer dans mon chez-moi. Mon chez-moi, c’est comme une barrière qui protège ma vie, tout comme les fantômes et les anges qui ont emménagé avec moi.

J’ai réalisé que je m’étais toujours plié aux autres, que j’avais tenté de me faire aimer des autres. Je n’étais pas celui qui a ÉCRIT « Réinventez-vous« .

À présent, lorsque je suis envahi par un sentiment de peur à l’extérieur, il me suffit de rentrer chez moi. J’ai un chez-moi. Même si je ne fais que « louer ».

J’ai relu mon propre livre et à chaque lecture, j’apprends. J’ai écrit ce livre car j’en avais besoin et non car j’étais un professionnel. Car je reste l’étudiant.

Je me sens encore comme un minimaliste.

Un minimaliste des soucis et des angoisses. Même des désirs. Les désirs et les moments de bonheur sont aussi addictifs que le désespoir.

J’étais un minimaliste de ce qui pouvait me remplir de bien-être.

J’aimerais dire que ma vie s’est améliorée.

Que soudain ce brouillard gris s’est levé et que, pour la première fois, tout s’est éclairci : avec qui je dois être, ce qui me rendra heureux, libre et puissant, et le contraire.

J’aimerais être capable de le dire.

C’est ce que je vais faire.

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James Altucher

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