Economie et marchés financiers

Dix choses que j’ai apprises en tant que trader pour Victor Niederhoffer

Victor Niederhoffer
James Altucher
Ecrit par James Altucher

J’ai travaillé pour Victor Niederhoffer pendant environ un an à partir de 2003. J’ai un peu plus que doublé son capital, essentiellement sur les futures, en utilisant une méthode quantitative. Au cours de cette période, je n’ai enregistré qu’un seul mois à la baisse : juin 2003.

Victor fut lui-même un brillant trader pour George Soros avant de créer son propre fonds dans les années 1990. Il écrivit par la suite « Education d’un spéculateur », un grand classique dans le domaine de l’investissement. Puis son fonds perdit tout à la suite d’un mauvais arbitrage au cours de la crise financière asiatique en 1997 (il avait notamment vendu à découvert les options de vente du S&P lorsque le marché s’effondra cette année-là).

Malgré cela, Victor n’a jamais cessé de gérer son propre portefeuille avec succès et il fait partie des meilleurs traders qu’il m’ait été donné de voir. Il publie encore ses commentaires quotidiens sur le trading et sur les marchés sur son site dailyspeculations.com.

Voici 10 choses que j’ai apprises lorsque je travaillais pour Victor :

1.) Testez, testez, testez

Testez tout ce que vous pouvez. Si quelqu’un me dit « L’inflation arrive, vous feriez mieux de vendre à découvert des actions », je sais tout de suite que cette personne ne teste pas et perdra de l’argent.

Des données sont disponibles sur quasiment tout ce qu’on peut imaginer. (Lors de mes conférences, j’évoque toujours le « système du blizzard » : il se fonde sur les données des mouvements du marché boursier en fonction du nombre de mètres de neige qui sont tombés sur Central Park ce jour-là).

Victor et son équipe passaient leur temps à tester des idées : Qu’est-ce qui arrive historiquement au marché le jour où la Fed se réunit ? Qu’arrive-t-il les jours où expirent les options si les deux jours précédents étaient négatifs ? Les actions qui commencent par la lettre « x » performent-elles mieux ? Tout, absolument tout, était sujet à test.

2.) Optimisme

Il existe pléthore de raisons pour lesquelles on peut supposer que chaque jour le monde va toucher à sa fin. Les médias ne cessent de spéculer sur l’effondrement financier imminent, l’hyperinflation, le pic du pétrole, les épidémies, le terrorisme, etc.

L’un des livres préférés de Victor – et que je vous conseille fortement de lire – est Triumph of the Optimists (Le triomphe des optimistes, ndlr) qui montre le succès des marchés américains au cours du siècle dernier sur les autres marchés et classes d’actifs.

Oui, les marchés ont pris un sale coup. Mais acheter invariablement dans les replis (et faire attention à ne pas se faire laminer) est une stratégie de réussite à long terme.

3.) Courage

Mars 2003 fut un mois de trading inoubliable pour moi. Le marché menaçait de connaître de nouveaux plus bas avec la perspective de la guerre en Irak.

J’ai été à l’achat, j’ai tenu ferme et j’ai connu un mois grandiose. Puis, le reste de l’année, par peur de détruire ce superbe résultat, je grappillais quelques pourcents au début de chaque mois puis je restais tranquille le reste du mois, laissant sans doute tomber un gain de 100 % en passant à côté de tant de trades à forte probabilité de succès.

J’ai toujours soupçonné avoir déçu Victor par mon attitude à ce moment-là. Lorsque vous êtes face à une situation de haute probabilité, il faut y aller, et même foncer.

4.) Tout est lié

Quel que soit le sujet que vous étudiez – le base-ball, le jeu de dames, les arbres, les guerres – il offre des schémas semblables à ceux que nous rencontrons tous les jours dans le domaine du trading. Parfois, le meilleur moyen d’avoir de la perspective sur votre trading est d’étudier quelques chose d’apparemment sans lien puis d’examiner les analogies.

5.) Ayn Rand

En ce moment, on assiste à beaucoup de rétrospectives sur Ayn Rand, l’un des auteurs préférés de Victor. Le soi-disant objectivisme, ou la vision de Rand sur le capitalisme, ne m’intéresse guère mais ce qui me frappe dans ses livres, c’est qu’elle insiste sur les compétences.

Ses romans ont pour sujet les compétences et la satisfaction personnelle qu’on peut tirer en étant bon dans ce qu’on fait, qu’il s’agisse de construire des routes, de concevoir un immeuble, de faire du trading ou du ménage.

6.) Warren Buffett

Victor n’est pas fan de Warren Buffett. Cela m’a obligé à considérer Buffett sous un angle totalement nouveau. Buffett est-il un investisseur dans la valeur ? Quelles autres ficelles du métier a-t-il tirées au fil des ans ? J’ai fini par lire toutes les biographies de Buffett, par compiler quatre décennies de documents boursiers et par étudier non seulement ses lettres de Berkshire mais également ses lettres d’avant, du temps où il gérait un hedge fund (1957-1969). Le résultat a donné mon livre « Trade Like Warren Buffett ». (Investissez comme Warren Buffett, ndlr).

7.) Le premier jour du mois

C’est probablement le jour de trading le plus important du mois, alors que l’argent afflue des plans épargne retraite, des comptes individuels d’épargne retraite, etc. et que les fonds communs de placement doivent investir cet argent dans des actions. Au cours des 16 dernières années, acheter au plus près du SPY (l’ETF – Exchange-Traded Fund ou fonds négociés en bourse – du S&P 500) le dernier jour du mois et vendre le lendemain était gage de réussite 63% du temps avec un rendement moyen de 0,37% (à comparer à 0,03% et un taux de réussite 50-50 si on achetait n’importe quel jour au cours de cette période).

Diverses conditions entrent en jeu pour améliorer ce résultat de manière significative. Par exemple, il m’arriva de me trouver dans le bureau de Victor le premier jour d’un mois et l’un de ses traders me montra un système en me menaçant : « Si tu montres ça à qui que ce soit, nous devrons te tuer ».

En gros, le système était : si la dernière moitié du dernier jour du mois était négative et que la première moitié du premier jour était négative, il fallait acheter à 11h et conserver pour le reste de la journée. « C’est un Distributeur Automatique de Billets » m’affirma le trader. Je laisse au lecteur le soin de tester ce système.

8.) Toujours se protéger des revers

On apprend cela par un exemple négatif.

Peu importe la quantité de tests, il y aura un moment où « cette fois, c’est différent ». Ma stratégie est basée sur la vente d’options d’achat et de vente à des niveaux que mon logiciel pense impossibles à atteindre avant que les options n’expirent.

Mais j’utilise également une partie de la prime que j’ai gagnée par la vente de ces options d’achat et de vente pour en acheter un peu plus afin de m’assurer que le marché ne m’échappera pas. Peu importe le niveau de confiance qu’affiche le logiciel, il faut toujours se protéger.

9.) Rendez la vie intéressante

Victor s’entoure de jeux et de personnes qui aiment jouer. Lorsque je l’ai rencontré, il prenait régulièrement des leçons pour apprendre à jouer aux dames et il jouait au tennis chaque jour.

Il ne passe pas inaperçu, et consacre une partie de chacune de ses journées à rechercher des expériences nouvelles et intéressantes. Il m’a souvent demandé ce que je lisais et, si c’était lié au trading, il était déçu.

Au final, le trading est une fenêtre sur l’âme du monde telle qu’elle est à un instant T. Découvrir les nuances de cette âme est finalement plus important que de faire un test après une nouvelle annonce de la Fed (mais, sur ce point, les tests ont montré que quoi que fasse le marché avant une annonce de la Fed à 14h15, il est probable que cela s’inversera après 14h15).

10.) Soyez ouvert aux idées nouvelles

En 2002, je peinais encore à me relever de l’éclatement de la bulle Internet. J’avais vendu une entreprise proche du pic de folie en 1998 et avais également lancé un fonds de capital-risque en mars 2000, à l’apogée absolu du marché. J’essayais de trouver de nouvelles choses à faire. J’ai alors dressé une liste d’une trentaine de personnes pour qui j’avais du respect et j’ai trouvé dix idées pour chaque personne sur la façon dont elle pourrait améliorer son activité. Pour Victor, j’avais envoyé plusieurs idées de trading que j’avais déjà back-testées et qui avaient été un succès. Pour Jim Cramer, j’avais envoyé une liste de dix idées sur des articles qu’il pourrait écrire. Sur les trente personnes, ils ont été les deux seuls à me répondre et j’ai fini par gérer une petite partie d’argent pour Victor et à écrire pour le site de Jim Cramer, thestreet.com. Je leur suis reconnaissant de m’avoir offert de telles opportunités.

 

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